29.7.08

peaux vives


quand on lavera les murs, qu'on arrachera à la rentrée les peaux mortes de la ville pour faire croire que tout recommence, croire qu'on effacera le passé en renouvelant le décor - ce qu'on verra, ce ne sera que d'autres peaux plus férocement fixées partout et d'abord, plus définitivement arrimées en soi que notre propre corps : quand on lavera les murs, grattera jusqu'aux plus profondes épaisseurs, raclera encore et encore : ce qui restera sous nos ongles et sur les parois : un peu de notre peine et beaucoup de nos terreurs : les regards de ceux qui, en nous, n'en ont pas fini avec la mort, et pour qui les recommencements ne sont que des répétitions.

Quand je passe devant cette affiche, la fixer dans les yeux ne fait que l'arracher encore un peu plus - et j'emporte avec moi, avant de l'accrocher à d'autres parois plus mouvantes, les peaux vives d'un cri étranglé en moi qui nomme la ville comme chacun des corps qui l'arpentent.

4 commentaires:

brigetoun a dit…

des projets de restaurations qui me font frémir par la férocité de l'entreprise qui sévit actuellement par chez nous et cette impression que les pierres après son passage sont, non pas rénovées, mais mortes, et j'ai un peu mal comme si j'étais elles

Ariane a dit…

mais il y a de la matière encore là. qui reste.

Arnaud Maïsetti a dit…

@brigetoun : oui - et voir la tour saint-jacques ici plus blanches qu'une page, impression étrange : que le musée est dans la ville, que la ville est un musée qu'on ne doit pas toucher, comme des toiles propres, comme des statues intacts en marbre froid. Impression que le musée fige tout dans une intégrité fausse.

@ariane : mais à force d'arracher les affiches, c'est du mur qu'on enlève (?)

Ariane a dit…

le mur avec des bouts qui s'en vont reste de la matière et quand il n'y en aura plus, il y aura d'autre trucs qui seront à cet endroit, et puis quand on ne s'y rendra plus, là on aura une absence.