31.8.08

se pencher

On repense aux vieilles lunes, celles qui comptaient, celles qui scandaient le temps et le monde avec lui, on repense aux naufrages qu'elles produisaient quand elles levaient les marées, et on lève les yeux un peu par dépit, un peu par colère. On pense que si on se penchait un peu plus, on saurait tomber. On saurait toiser le monde d'en haut. On imagine la durée de la chute. On anticipe avec délectation sa durée. On redoute sa fin. Quand on y pense, les vieilles lunes éteintes au dessus de notre épaule brille moins de leur gloire que par reflet. Mon visage qui s'y pose tremble et ne se reconnaît pas. On appelle ça écrire. On appelle ça se pencher sur ce qui passe, et arracher à la douleur du passage un peu du temps qui va, le sens sans direction d'une parole traversée.

4 commentaires:

Alix a dit…

Et comme l'écrit Proust ,si le poète parcourt la nuit que ce soit comme l'ange des ténèbres , en y portant la lumière... Pourvu que demain nous soyons encore vivants.

Arnaud Maïsetti a dit…

- oui...

"L'obscurité qu'on reproche [à la poésie] ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore; celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain." (Saint-John Perse)

brigetoun a dit…

mais au moment de tomber là, le plus souvent on se renverse en arrière et ramène la jambe - plus que le vertige

Prax a dit…

Ne pas se reconnaitre dans son écriture. Bonne surprise ou désarroi ?