25.9.08

ce qu'on sait


On ne sait pas vraiment lequel, du soir ou du matin, remplace la journée - ce qu'on voit, c'est un peu de temps en moins, (en plus), qui se dépose ; un peu de fatigue qui déborde et qui emplit l'espace.

On ne sait pas vraiment ce qu'on va faire de cette ligne d'horizon qui recule à mesure qu'un pas après l'autre la terre sous notre ombre est laissée derrière nous : on suit la courbe comme d'un corps la trace effacée du désir - et puis, ne plus vraiment regarder que cela, la lumière qui tombe et ne s'écroule jamais.

(Passé faire les papiers hier, comme on dit : le labyrinthe incompréhensible des dossiers à remplir : on n'y comprend rien, on le fait, et alors. Quand je rentre le soir, d'autres papiers m'attendent, pour quoi. C'est un étrange rituel. L'année qui commence sous l'amas de papiers indéchiffrables. Dehors, on voit les banques qui ferment, qui perdent, des chiffres qui n'ont pas vraiment plus de sens qu'un dessin d'enfant : on se dit que tout cela fait marcher le monde droit, une faillite bien ordonnée, une crise qu'on nourrit de papier en ordre, tout va bien - la lumière continue de se répandre, c'est sur elle que je marche)

17.9.08

compte


On parle longtemps - à tour de rôle longtemps, d'abord elle, puis moi - Prague a des places aux noms imprononçables où les ollies prennent du temps à s'élever, et je me dis que c'est une bonne manière de mesurer le temps qui passe, la hauteur des ollies. Elle parle aussi de ce type qui fait des tour sur lui même avec son vélo, et qu'elle ne cesse pas de filmer, encore et encore - de cette sculpture, et de ces types qui passent devant, chaque jour. Je voudrais ne pas parler, seulement l'écouter.

Je pense à la mesure du temps qui a fait œuvre cette année en moi - une semaine après l'autre, c'était. Plutôt qu'une nuit après (l'autre). Quand je l'entends, je sens l'année passer en moi comme une lettre qu'on lâche dans la boite - qui s'accroche un peu aux doigts, et qui se fait de plus en plus lourde, et qui tombe - et soudain, la lettre n'est plus là, mais en soi, le vide qu'on avait fait pour elle se remplit d'autre chose, qui est encore plus lourd.

Au dessus du petit mur de pierre qui s'était formé en moi, cette année où jamais rien ne fut plus lourd que le temps grimpé en tas (frustration des années d'étude où ne rien faire d'autre que construire un mur acceptable), perce un peu de ciel. Des nuages traversés de lumière. On peut lever encore les yeux, on sera ébloui, mais la chaleur qui se pose sur le visage est inestimable. Elle dit, ce soir où je l'écris, le temps passé - et elle dit le temps qui vient. Elle dit les autres mesures que le temps va adopter pour se compter et que j'ignore encore.

Quand elle est partie, elle avait cette démarche que possèdent celles qui ne savent pas où demain se lèvera, ni comment on pourra le mesurer, cette fois. Cette démarche que j'envie tant - la lumière rasante au dessus du mur de pierres est si lente. Je saurai voir chacune de ses variations, maintenant je saurai compter.

5.9.08

retour dans une semaine

4.9.08

parenthèse fermée


Au bout du couloir, l'avantage provisoire qu'on possède sur le temps : l'anticipation éphémère (et si rapidement évanouie) - demain, ce ne sera pas trop tard pour envisager ce qu'aujourd'hui, on a gagné sur la ville - mais pour le moment, demeure comme de l'autre côté : je suis repassé tout à l'heure devant ces rues de l'an dernier - elles auront pour toujours la couleur rousse d'un automne de deux années, la lenteur de la pluie qui rend morte chaque chose sous le pas plus pressé d'en finir, et qui s'allonge.

Quand on se retrouve par hasard dans ces rues si fermement identifiées à son passé, après un intervalle suffisamment long pour que l'oubli se soit entreposé, pour qu'il ait émoussé l'habitude, dans ces endroits si fermement identifiés à une part de sa vie qu'on a longtemps tenue pour parenthèse ouverte, et différant l'essentiel (et quant à la fermeture de celle-ci : tenue alors pour inimaginable) : quand on s'y retrouve, donc, ce matin, pour autre chose - c'est autre part qu'on est, naturellement ; c'est ailleurs qu'on va et l'on ne reconnaît plus rien, ni les murs, ni les toits, ni les mêmes personnes qui marchent : au bout du couloir, quand on se retourne, par dessus l'épaule, ce n'est pas le passé que l'on voit, mais une part de soi arraché au temps, et qui ne nous appartient plus, que l'on ne reconnaît que comme son propre visage aperçu en rêve.

1.9.08

rentrés


c'est jour de rentrée, disent-ils - mais moi, rentré au petit matin, dans le bleu du ciel tendu jusqu'au pâle qui rend les murs de part et d'autre de la rue semblablement bleus et pâles jusqu'au gris des marées basses : et par le tremblé du jour, apercevoir un peu de l'agitation des foules : l'école en bas de la rue recommence à sonner à heures fixes les pauses et les sorties, les rires des gosses, les pleurs et les bagarres, les coups qu'on s'échange déjà pour du faux, le temps du goûter, le temps des devoirs (déjà) : ce temps de la vie en bas de ma rue qu'ils vivent comme derrière une horloge ronde rejouant à chaque heure son même recommencement. En haut de la rue, la cloche de l'église sonne quant à elle les huit heures et demie chaque matin comme à chaque jour de l'année : le temps immuable d'un temps qui ne s'arrête pas, mais fait se lever une lumière toujours changeante au dessus d'elle : heure qui n'est jamais semblable. La cloche de Bonne Nouvelle dresse au devant de moi, les couleurs du temps qui renouvellent à chaque instant la vie - et la diffèrent d'elle à chaque seconde, minutes après minutes (une année après l'autre).

Je me couche vers le matin : dernière pensée au temps mort de la vie qu'on dit active, qui bat les pulsations sèches aux tempes du vieux monde. Quand je me lèverai, il sera toujours le moment de lever les yeux au ciel, chercher quelque chose à retarder encore. Ce sera peut-être le soir, ce sera peut-être la fatigue, ou la faim, ou la colère - la gloire désuète de se tenir debout quand les autres dorment, au dedans de chez eux, blottis au chaud de septembre : juillet enterré pour de bon, et novembre qui se tient au bas de la porte, prêt à mordre déjà. Novembre en moi déjà prêt.