4.9.08

parenthèse fermée


Au bout du couloir, l'avantage provisoire qu'on possède sur le temps : l'anticipation éphémère (et si rapidement évanouie) - demain, ce ne sera pas trop tard pour envisager ce qu'aujourd'hui, on a gagné sur la ville - mais pour le moment, demeure comme de l'autre côté : je suis repassé tout à l'heure devant ces rues de l'an dernier - elles auront pour toujours la couleur rousse d'un automne de deux années, la lenteur de la pluie qui rend morte chaque chose sous le pas plus pressé d'en finir, et qui s'allonge.

Quand on se retrouve par hasard dans ces rues si fermement identifiées à son passé, après un intervalle suffisamment long pour que l'oubli se soit entreposé, pour qu'il ait émoussé l'habitude, dans ces endroits si fermement identifiés à une part de sa vie qu'on a longtemps tenue pour parenthèse ouverte, et différant l'essentiel (et quant à la fermeture de celle-ci : tenue alors pour inimaginable) : quand on s'y retrouve, donc, ce matin, pour autre chose - c'est autre part qu'on est, naturellement ; c'est ailleurs qu'on va et l'on ne reconnaît plus rien, ni les murs, ni les toits, ni les mêmes personnes qui marchent : au bout du couloir, quand on se retourne, par dessus l'épaule, ce n'est pas le passé que l'on voit, mais une part de soi arraché au temps, et qui ne nous appartient plus, que l'on ne reconnaît que comme son propre visage aperçu en rêve.

4 commentaires:

brigetoun a dit…

ne plu revenir à Pari,sauf peut être dans les tréfonds du 17ème,et encore

ariane a dit…

cette part de soi il arrive qu'elle revienne se superposer un instant, parfois un moment à ce que nous sommes maintenant, loin de tout arrachement mais sans abolir la distance, dans un souffle, que coïncide deux époques au même lieu. Mes parenthèses sont ouvertes, me diras-tu.

Prax a dit…

Cela me renvoie à une interrogation récurrente : l'image que je laisse sur la rétine de quelqu'un m'appartient-elle encore ?

Arnaud Maïsetti a dit…

@brigetoun : et paris change tellement vite, que ce n'est jamais la même ville, non ?

@ariane : il y a aussi des parenthèses qu'on ouvre à l'intérieur d'autres - on est finalement toujours plus ou moins dans une d'entre elles, non ? mais oui - je vois.

@prax : comme on prend la parole forcément à quelqu'un, c'est peut-être aux fantômes qu'on dérobe un peu de lumière au jour ou à la nuit