12.10.08

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(Des heures posées sur des touches, comme en arrière de soi rejetées et savamment cependant poussées au devant de soi à mesure que c'est écrire qui se saisit de la vie (on dit bien saisir un texte ?), à mesure que ce qui se frappe, sur le clavier noir, c'est autre chose que soi-même devant des mots. Et hier soir, la machine qui ne peut plus fonctionner, qui refuse. Lu hier cet entretien de Koltès (je ne l'ai pas sous les yeux, je vais citer de mémoire, et je vais déformer comme toujours, tant pis), où il parle de la musique qu'il écoute, et pourquoi - le reggae sur tout autre chose : parce que le reggae est cette inversion fondamentale (je crois qu'il dit radicale) du temps faible sur le temps fort, qu'en cela le renversement des choses place d'emblée la musique sur un autre plan que lui même (il dit quelque chose comme : transcendant sa nature propre - je crois), et qu'alors il préfère un reggae moyen à un bon morceau d'une autre musique - comme il prèfère un drame ordinaire à l'intérieur d'un cyclone, plutôt qu'une grande tragédie qui se joue dans une villa. Inversion radicale du temps fort sur le temps faible - qui n'est pas coquetterie de la marginalité, mais perception du monde avant tout musicale (seule perception valable et possible à mes yeux). Alors, quand cet ordinateur lâche, littéralement (par à coups, par fièvres, par réactions étrangement organiques - avec des bruits, des écrans bleus inconnus, des erreurs fatales qui s'accumulent), penser à ce qui se perd un peu, des heures posées sur ces touches, donc - et se demander surtout pourquoi, en moi, c'est cette image du contretemps qui dit le mieux mon rapport non au temps, ni même à l'écriture (numérique, donc), mais à ce qui les contient et leur donne forme, à ce qu'on nomme la vie, et qui n'est rien d'autre que cela - une activité du temps, qu'on dépose ici, empilement vertical des jours et des images qu'ils imposent (et qu'on me reproche cette forme austère, fond noir et tracées rouges, c'est pour moi une sorte de fierté, la répétition d'une même et rebutante zone qui m'est propre, dialectique de l'image sur le mot, temps fort et temps faible toujours, qui parfois échangent leur rôle : combien je suis attaché à cette simple forme : ne possède pas ici l'arborescence d'un site, mais je me tiens au geste du journal, voilà). Le journal continuera, je le sais. Ici, bien sûr. Mais la machine sera différente. Le geste le sera, aussi, je crois ; quant à l'écriture, peut-être, je ne sais pas. La seule chose qui me préoccupe (m'angoisse, c'est certain) : tenir ici la place au milieu du cyclone.)

7 commentaires:

Prax a dit…

tenir [...] la place au milieu du cyclone.

Si j'avais un vrai blog/journal, je crois que je mettrais cela en sous titre

Arnaud Maïsetti a dit…

(ah, j'ignorais que tu avais un "faux" blog/journal...)

Tempo a dit…

moi si j'avais un vrai blog j'écrirai ce que j'écris dans le faux

brigetoun a dit…

moi le noir me plait bien, plus mise en valeur que tristesse.
Mais les hoquets, la trombose de ma machine ont raison de ma détermination - et la conscience du peu que je peux avoir à dire, je ne suis pas vous.
Et puis je m'entête parce que la résistance que m'oppose le monde m'agace, ça repart et du coup je mets n'importe quoi, je remplis

secondflore a dit…

L'homme contre la machine, "drame ordinaire" (je cite) au coeur du cyclone...

pop a dit…

tenir place au milieu du cyclone (du mal en ce moment)

Tempo a dit…

tout ça c'est la faute de la crise des subprimes