30.10.08

la liste


Poser (un instant, juste un instant) le front aux vitres comme des veilleurs de chagrin, et fermer les yeux une seconde (juste une) - entrevoir ce qui passe et qu'on ne retient jamais (ou alors, seulement la trace la moins désirable) : j'en dresse la liste pour moi (les visages, la forme des mains, l'odeur du soir, la moiteur d'août, le poids des clés dans la poche, la couleur du billet de train, n'importe quelle mélodie) et l'oublie tout aussitôt. Si je m'en veux trop longtemps, je m'en fais une raison. Alors : une seconde (pas une de plus), poser le front contre le portail sud de cette église, échapper de moi le contrejour et racler le ciel d'une dernière pensée adressée à mes insuffisances : une liste ne suffira pas, mais enfin. Je ne suis que la somme d'elles, je sais bien. Je ne trace dans l'air que les limites de mes faiblesses. Demain : veiller plus tard que ce soir (et gratter plus profond la peau).

3 commentaires:

brigetoun a dit…

me suis secouée pour faire tomber mes listes, ne garder que la liste magnifiée de mes commencements, venir sous un nouveau ciel,devant nouvelles vitres, et recommencer des listes

Prax a dit…

Si tu grattes trop profond, tu vas dépasser la peau et t'atteindre à vif.

Arnaud Maïsetti a dit…

@brigetoun : et toujours en haut de la liste : ne plus jamais recommencer de liste

@prax : c'est le but, je crois (?)