29.10.08

le balcon en ville


La ville juste en dessous - littéralement - la ville grande comme on la toise (et d'ici : ce sont des quartiers entiers entourés d'ombre : on voit l'éclaircie passer, s'effacer, reprendre : jeux de palettes capricieux qui teintent d'un geste la menace, ou l'apaisent d'un mouvement). Du belvédère, on est comme dans une nacelle suspendue au-dessus des rues (et pas d'appareil ce jour : pas de photos : ça restera comme un vide, là aussi : ce soir - juste ce vis-à-vis d'une fenêtre sur la fenêtre : un face-à-face qui rejoue l'horizontalité habituelle : et que la verticalité de la veille me semble loin désormais...) Très vite cependant, on comprend qu'on est toujours une part de la ville, même ici, surtout ici. Même quand on tourne le dos à la ville, elle est ce qui donne la hauteur de chaque chose (la mesure de chaque mot). Même quand on parle pour elle, c'est elle qui dicte. Et quand on voudrait la regarder encore plus précisément, les détails s'estompent et c'est le grand tout qui demeure, seul horizon qui résiste au ciel. Alors, quand on redescend, 18 étages avalées en quelques secondes par l'ascenseur, et qu'on porte un regard aux tours, c'est encore elle qui organise autour les échanges, les réseaux désorganisés de la circulation, comme sous la peau, les battements de sang aux tempes. C'est à elle qu'on s'adresse, et c'est ce qu'on dira, tous, différemment : une part d'elle qu'on emprunte au temps, qu'on arrache au vide. On se maintient au-dessus seulement pour pouvoir en parler, et ensuite, c'est à elle qu'on est rendu, plus plein d'elle, plus féroce d'elle.

4 commentaires:

gmc a dit…

SANS CIRCULATION

Littéralement tu l'imagines
Et la pares à ton gré
Poupée de porcelaine ou monstre
Suivant tes humeurs vagabondes

Verticalement les villes
Ne connaissent que la profondeur
Comme sens débouchant
Sur la planéité des arômes

Le choix des agents d'influence
Déterminent les pigments
Comme les feux rouges le trafic
Des voitures et de la cocaïne

brigetoun a dit…

pourtant vu une photo de l'auteur de ces belles lignes sur la ville, dans le belvédère, et rêvé sur la ville vue de là

Prax a dit…

Passer du vertical à l'horizontal. Plier et déplier la ville.

Arnaud Maïsetti a dit…

@gmc : "verticalement les villes / ne connaissent que la profondeur" - oui, l'enfoncement de la vue, jusque plus bas que terre.

@brigetoun : c'est un rêve qu'on partage, j'en suis sûr (et qui n'est pas dénué de férocité, non)

@prax : à l'école, on m'avait dit que, en toute rigueur étymologique, expliquer un texte, c'était le déplier : penser à expliquer la ville, c'est aussi, oui, une manière de la plier (de la déplier ensuite : et recommencer)