31.10.08

le plus évident

Du dehors, c'est une grossière église jamais vraiment finie, depuis toujours ébauchée et abandonnée en cours de défiguration ; c'est une somme d'excroissances inachevées, mal agencées, d'ouvertures incohérentes, de traverses déchirées sur les transepts, de flèches accumulées comme autant d'ex-voto sans souci de hiérarchie - au milieu d'une ville qui les laisse là, par manque de courage devant les gravas qui s'amoncèleraient. Et parce que c'est sans doute une église qui ressemble à quelque chose de cette ville, qui en serait le témoignage le plus évident, le plus secret. Quand on entre, on ne lève pas les yeux comme dans d'autres églises, mais on regarde sur les murs, les angles qui se perdent. La lumière est si faible qu'on se cogne à chaque mètre, sans savoir si c'est sur un coin de banc, un autel, un cierge ou simplement sur une tombe, un corps, une main. On cherche une issue, et on se perd entre deux cavités. Quand on parvient, par hasard (ou par miracle) à la sortie, ce n'est jamais par là qu'on est entré. Et quand on se retrouve dans la rue, une lumière entoure chaque chose plus faible qu'au dedans .

3 commentaires:

gmc a dit…

LE FEULEMENT D'UNE BOMBE

Dans les décombres souvent
Les archéologues relèvent
La trace d'une déflagration

Angkor Vat est un musée
L'antithèse du vivant
Un déambulatoire pour morts

Pourtant il reste des enfants
Qui promènent leur sourire
Jouant aux soldats au beau milieu
Des mines anti-personnel

Nicolas Bleusher a dit…

Je viens souvent me promener, me confronter devrai-je dire, à ton carnet, Arnaud. Je voulais juste que tu le saches. Comme on sourit à quelqu'un, croisé dans la rue...

pop corn a dit…

égouttée vers le ciel