30.11.08

la lente compréhension du monde

(Ce n'est pas faute d'essayer pourtant - faute de reprendre : la lente compréhension du monde. Mais ces derniers temps, ne pas vraiment être à la hauteur de la tâche. Alors, en faire plus. C'est dans le train que cela avance le plus, le plus vite. Prendre le train ces dernières semaines aussi régulièrement (et aussi longtemps) change le temps, au dehors. Change l'apparence du temps. La forme des villes, la densité du travail. Et la lourdeur quand reprendre pied dans l'allure retrouvée du monde ne donne qu'impressions de ralentissement, de recul. Il faut reprendre, donc. Essayer de nouveau.) Ce n'est pas faute d'essayer, pourtant : de reprendre la lente compréhension ne m'épuise jamais (jamais assez) : mais par où reprendre à chaque fois qu'on renonce (quand la fatigue est trop puissante). Par où recommencer. Ou est-ce commencer à chaque fois. Il faut essayer de nouveau.

28.11.08

reflété

Le type qui descend, que je vois partir, quand c'est moi qui en fait m'éloigne - qu'est ce que c'est ? Et moi, en regard de cette image, qu'est ce que je suis ? Une image de ce type (ce ne serait pas juste) : plutôt : une image de ce regard porté sur ce type. Et sur la paroi, la face épurée du monde qui me renvoie au visage mon propre visage imprimé, ou serait-ce reflété, devant moi : et quand je porte la main pour la toucher, c'est autre chose que mon visage que je frôle.

26.11.08

détresse

Faire le point, peu à peu. Mais à mesure que le point se fait, le monde continue de bouger, de s'en aller, et le temps passé à faire le point permet au dehors de s'en tirer, une fois encore, à bon compte. Reprenons. Faire le point, donc. Etc. Et la vie ne se laisse pas rattraper par qui voulait (comment déjà ?) : rendre gorge à la réalité. Mais toujours : le point se fait, peu à peu, sur les apparences, les insuffisances, les colères. Et encore : le reste qui se dérobe, autour. Le train s'arrête, annonce. "Mesdames, messieurs - notre train va s'arrêter quelques instants en gare de Poitiers suite à (pause, bruit de voix étouffée dans le micro : un temps) suite à un train en détresse devant nous. Veuillez nous excuser pour ce désagrément." Reprenons.

23.11.08

20.11.08

"from the outside"

exposition de la vie au dehors du monde - ajournement des priorités - extérieur vitrifié par le gouffre élancé vers le ciel - trahison des apparences

(et des centaines de phrases griffonnées qui me restent après les poèmes : une seule question : qu'est ce qui autorise la parole, quand c'est l'effort d'approcher vers elle et sa justesse à la vie qui importent le plus ?)

18.11.08

la clé


Au loin, la netteté de la décision, la précision des contours, l'évidence d'une réalité prête au désir.
Au près, la lourdeur du geste, l'opacité du monde, l'évanouissement des contours.

Et le corps, en avant de soi, qui doit avancer, qui avance.

Aura-t-on un jour la clé ? Et surtout : dans le couloir, l'obscurité qui occupe tout l'espace efface-t-elle jusqu'au corps qui la traverse ?

On doit avancer, on avance.

17.11.08

zones d’opacité

Il n’est pas question d’occuper,
mais d’être le territoire.

15.11.08

compte-gouttes

"Tombant sur la feuille en gouttes de sang"

Du ciel tombent les nouvelles du jour - en avance, peut-être. Mais on les ramasse en retard, toujours. De la plaie ouverte, s'écoulent au compte-gouttes les larmes qu'on versera plus tard, à notre tour, quand sera l'heure. On tend l'oreille encore, et on attend les voix : longtemps tues, et qui reprennent. "Et Dame Fortune, en m’étant offerte / Ne pourra jamais fermer ma douleur" - enfin. C'est une façon de recommencer le jour.

14.11.08

le prix

combien le prix d'une vie ; combien le prix d'une élégance passée non à l'écart, mais en retrait ; combien le chiffre ; combien la morgue de ceux qui se vautrent dans la surenchère ; combien la honte aussi ; combien le prix ; combien.

12.11.08

des portes

Derrière une porte, une autre porte (sans doute une autre encore, derrière), et si je la passe, une autre de nouveau, comment ne pas en finir ; où je me tiens, dans mon corps (une porte), devant moi à franchir et qui s'ouvre sur une autre (dans la tête) - et sous mes doigts, des portes ouvertes que j'enfonce d'un seul poing : je suis toujours là.

9.11.08

de la lecture

rue montorgueil

LIRE

1°Connaître les lettres et savoir les assembler en mots. « Cet enfant commence à lire des phrases. »
Prononcer à haute voix ce qui est écrit ou imprimé. « Lire haut, tout haut. »
Prendre connaissance du contenu d'un écrit, d'un livre.
Lire la musique, connaître, en parcourant des yeux une musique notée, les sons que les notes figurent, et les modifications que ces sons doivent recevoir.
Expliquer.
6°Comprendre ce qui est écrit ou imprimé dans une langue étrangère.
7°Lire se dit quelquefois pour suivre une certaine leçon dans un texte qui en a plusieurs.
8°Fig. Reconnaître, discerner quelque chose par une espèce de travail que l'on compare à la lecture. «Ces tristes vêtements où je lis mon malheur »
9°Expliquer les motifs des dessins aux ouvriers qui doivent les exécuter dans une fabrique de tissus ouvrés ou imprimés.
10°Se lire, v. réfl. Être lu.

Quand on prend la parole, c'est à quelqu'un qu'on la prend - à celui qui vient, là, une minute avant, de parler, de lire. Et quand on se tait, c'est pour mieux donner la parole à celui qui va, dans une minute, à son tour, lire : parler.

On est debout comme pour mieux poser ses pieds sur le sol, appuyer son corps quelque part, aussi droit et devant que possible - ou assis, et ce sont les mains, les coudes, qui se posent cette fois : toujours une manière de travailler le corps par dessus la voix, et la voix dans le corps qui donne forme au réel.

Les visages : ce sont ceux qui devant soi se constituent en mur et en traversée : qu'on lève les yeux sur eux, et c'est le vertige - trop de visages tournés vers un seul et même endroit (où on se trouve), trop de visages dans un espace si réduit. Pourtant quand on parle, dans ce silence, c'est aussi comme pour leur prendre la parole : une manière de la leur rendre.

Ce qu'on dit a son importance : c'est l'importance même de ce qu'on dit qui fait cette géographie simple et dense de la salle. Il y a ceux qui baissent la tête en écoutant, et ceux qui regardent le plafond, ceux qui plongent leur regard directement dans notre bouche.

En remontant Montorgueil, on pense à ce qui suit le dernier mot : cette respiration (aussi importante que la respiration avant de lire) qui signe le dernier mot. Ce qui suit le dernier mot est toujours un regard lancé à un visage ami - je sais toujours le reconnaître désormais. Ce qu'on a traversé n'est pas seulement des phrases sur du papier : mais du silence qu'on a brisé ensemble, par poignées répandu et qui finira par couvrir les murs.

Alors, qu'on endosse cette charge là, qu'on occupe cette place là, pour un temps si court, c'est à ce visage qu'en retour on adresse la reconnaissance.

6.11.08

en arrière

C'est une grande barrière en travers de la gorge, ; c'est une manière de parler, aussi. On lève les yeux, et c'est toujours elle qu'on voit - ce n'est pas d'hier, ce n'est pas d'aujourd'hui. Toujours elle où qu'on avance, et on trébuche ; elle encore quand on se relève et que le monde a changé. Une manière de se taire, peut-être. C'est aussi une manière de se perdre et d'enfoncer plus avant son corps sous la ville. Du passé, ce ne sont pas des images en mouvement qu'il me reste (revenir sur ses pas après deux ans, voir que rien n'a changé, et être ébranlé par le plus petit changement d'abord inaperçu et qui déséquilibre tout le reste). Mais cet arrêt des images quand j'essaie de me plonger en arrière de moi - c'est elle qui le nomme encore. Et ensuite après le noir : elle enfin - cette lente douleur dans la nuque qui me possède, qui me creuse - douleur de n'être pas ailleurs (peut-être). Mais s'en saisir quand le temps d'en parler revient, et parler de l'intérieur d'elle ; forer la plaie, qu'elle disparaisse.

4.11.08

avant


On imagine (de l'autre côté de la fenêtre, au même moment, on décide sans doute de l'organisation du monde, on s'apprête à faire du changement une manière d'incarner un discours politique (à défaut d'autre chose), (et se dire que le changement (le mot) suffit à décrire un geste, une morale, une posture) : là-bas, les choses seraient sur le point de basculer (sur quel versant voudrait-on me pousser) ; de l'autre côté de la mer, on fait la queue pour le reste de ceux qui attendent (un chiffre, un visage, une couleur), on voudrait appeler ça de l'histoire, mais c'est juste ce soir une fenêtre de l'autre côté de la rue allumée plus longtemps qu'hier, et demain, ce sera autre chose). Alors, on imagine et capte un peu de lumière tant qu'il en reste, avant que le cadre ne se dérobe.

3.11.08

je marche à travers

passe la main - devant l'écran (et recule) - finalement éteint : réveillé d'une longue veille - et entré dans le sommeil, enfin (une dernière image (au coin de l'oeil (qui recommence à vibrer) qui coule) qui n'était pas la dernière) - et ce qu'on voit alors, saint-eustache forcené (phare ancré au port et qui attire vers le large les naufrages), derrière le square châtelet (et ses avenues tracées rectiligne, aux noms d'écrivains (Breton sert la main à Saint-John Perse : je marche à travers) - et passe la main sur mes yeux pour essuyer le froid : si c'est l'image que j'efface, j'en imprime toutefois sa trace sur tout le visage - et sa trace est plus profonde que l'image seule, plus lente, plus hurlée)

2.11.08

en dehors



En dehors de la ville, on croise des plaines plus marquées par la lumière - plus densément constratées par l'ombre courant des soleils morts et revenus. En dehors de la ville, on quitte le froid, on rejoint une sécheresse plus vive encore, plus mordante au bout des doigts. On rejoint ce qui sépare : deux routes qui parviennent, sans se couper, à traverser. En dehors de cette ville, s'étend une plaine si seule, que c'est comme si elle n'était pas en dehors de la ville, mais que la ville même était son dehors, son lointain. Dans le ciel, on prend le temps de compter jusqu'à demain. En dehors de la ville, la ville n'existe même plus en souvenir, ou en désir - mais dans le bruit que fait le vent dans les nuages, l'ombre éteinte d'une dernière nuit passée à compter son départ.

1.11.08

cette tombe


Dans la tombe vide, il y a tout ce qu'on imagine, tout ce qu'on pressent, tout ce qu'on désire : un peu de place pour le vide, toujours plus de place : c'est comme ces fenêtres qu'on regarde de l'autre côté de la rue, ces têtes penchées contre le rebord de la vitre, et qui ne semblent regarder qu'un reflet mal posé, mal fixé sur le cadre - et toutes les vies qu'on imagine ensuite, depuis ce regard. Dans la tombe vide (passé deux heures cette après-midi sur d'autres tombes, sur d'autres vides), il y a toujours une manière étrange d'aborder le temps : par la fin. Il y a toujours un geste qu'on évite de faire pour conjurer l'oubli : le sien. Qu'on imagine son corps mort (un peu de poussière sur la veste). Mais qu'on imagine sa tombe - et c'est davantage une contre-plongé dans le vide qu'un corps à corps avec la terre. Aujourd'hui, passage dans les cimetières, le pas plus pressé. Toute une ville oubliée s'organise, droite et dont l'herbe est si finement coupée. Toute une ville traversée, et au bout : cette tombe vide, éventrée, en attente - et puis, cette idée (absurde, mais qui s'avéra juste) : cette tombe jadis occupée, puis abandonnée.