1.11.08

cette tombe


Dans la tombe vide, il y a tout ce qu'on imagine, tout ce qu'on pressent, tout ce qu'on désire : un peu de place pour le vide, toujours plus de place : c'est comme ces fenêtres qu'on regarde de l'autre côté de la rue, ces têtes penchées contre le rebord de la vitre, et qui ne semblent regarder qu'un reflet mal posé, mal fixé sur le cadre - et toutes les vies qu'on imagine ensuite, depuis ce regard. Dans la tombe vide (passé deux heures cette après-midi sur d'autres tombes, sur d'autres vides), il y a toujours une manière étrange d'aborder le temps : par la fin. Il y a toujours un geste qu'on évite de faire pour conjurer l'oubli : le sien. Qu'on imagine son corps mort (un peu de poussière sur la veste). Mais qu'on imagine sa tombe - et c'est davantage une contre-plongé dans le vide qu'un corps à corps avec la terre. Aujourd'hui, passage dans les cimetières, le pas plus pressé. Toute une ville oubliée s'organise, droite et dont l'herbe est si finement coupée. Toute une ville traversée, et au bout : cette tombe vide, éventrée, en attente - et puis, cette idée (absurde, mais qui s'avéra juste) : cette tombe jadis occupée, puis abandonnée.




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