30.12.08

laquelle

Deux routes : l'une semble monter, l'autre descendre — se rejoignent en un point (moi) : et plus loin, la route se scinde encore — en moi — et si je regarde encore au-delà, ce n'est pas autre chose : deux routes : l'une semble descendre, l'autre repartir. Et quand je me retourne, derrière moi s'absorbe dans mes propres pas, s'anachronise dans d'imperceptibles secondes. Je compte : une, deux. La première seconde monte, l'autre descend. Laquelle prendre. Le temps que je pose le prochain pas, ces deux secondes sont mortes ; une troisième traverse l'espace et me fauche.

29.12.08

maladie chronique


Dans mes souvenirs, pas une fin décembre depuis des années sans tomber malade, sans être saisi de frissons jusque dans le crâne, sans être enserré dans une insomnie vague du matin au matin. (Pas vraiment être malade, mais être épuisé jusqu'à se sentir si vidé, et ne pas réussir à dormir sans vraiment réussir à ne pas dormir) Est-ce le retour des fins d'années qui agit dans la mémoire pour faire dans le même temps revenir cette fatigue, unique l'an. Ces fins d'année sont des épreuves. Dans la vitesse de leur déroulement, la suspension des bilans abjects, la répétition immobile des mêmes formules, des mêmes gestes. Mon corps ne suit pas —

27.12.08

traces et nuages


Facebook_mises à jour des statuts (déc - août 08)

"The past is a mist" (H.P).
Tarkos et Michaux, donc...
connecté gare de bordeaux...
.indd.
"prologue", suite et fin.
wifi toussote : passe à l'Ethernet.
connexion au ralenti (et moi aussi, donc).
"why so serious ?"
à Babylone, pour la soirée.
n'en puis mais (mais ne désespère pas).
répare son site.
puise.
flou.
trempé.
recommence.
dans le cri du bongo.
réécoute Bashung, donc.
poste restante.
démâtage.
back in town.
revient de Nanterre Amandiers...
expression orale.
voit la lumière du jour (pour la première fois depuis ?)
contre transfert.
prologue_BMK (in progress).
mails en retard.
moonshine blues.
at budokan.
retour à paris.
in design
ou pas.
aurait voulu le voir s'envoler dans les cintres.
de retour du « Retour (du désert) »
au théâtre ce soir (Koltès).
de retour de la soirée publie.net...
à Montorgueil.
_point zéro (tiersen).
est là.
dans la mancha (suite et fin).
clique droit.
"prologue."
spipe.
retourné en sa propre gorge
n'en pense pas moins.
virtualise.
a vu agoniser sous ses yeux son ordinateur...
wifite
oracle mutant.
pas là.

25.12.08

improbable


" Va-t-on bientôt bombarder les anges ? S'ils existent, qu'ils s'attendent à être bientôt traversés de décharges, de fragments atomiques, de nocives vibrations. Il est improbable que dans l'énorme mise en train d'infimes et variées perturbations physiques, il n'y ait rien qui les gêne. Préparons-nous à entendre l'espace crier."

Michaux, Passages

À l'année qui passe, l'indifférence comme à toutes - à celle qui vient, la curiosité de voir le ciel comme ce soir brûlé par le froid. Des villes écoutent, sans s'étonner, le chaos qu'on agence au loin, et qui fait bruit de veillées d'armes : ce n'est pas une année de moins qui réduit le périmètre du monde - au contraire. Ce qu'on perd avec l'année, ce n'est ni du temps à vivre, ni des forces ; ce qu'on accumule : des traits de plus sur le visage, et du bruit de villes en amont de soi, qu'on portera plus tard sur d'autres villes avant qu'elles ne soient soufflées par le cri des anges.

23.12.08

cairns_gracq

(Hier, relire le texte de Gracq qui m'importe le plus : un an, hier, donc - et toujours aussi vivant.

"Plus rien qu'une pensée dévorée : marchemarche !"

Pensées à ce qui n'est plus, et sera néanmoins du plus essentiel : des armes pour demain, arpenter - des instruments de mesure du temps, de la ville, des étendues inconnues de la pensée et du coeur.

Le monde ne parle pas, songea-t-il, mais, à certaines minutes, on dirait qu’une vague se soulève du dedans et vient battre tout près, éperdue, amoureuse, contre sa transparence, comme l’âme monte quelquefois au bord des lèvres.

22 décembre, et ce n'est que le lendemain qu'on se reprend à écrire les grands chemins qui mènent. On voudrait ne pas s'en tenir là : relire ne suffit pas à combler le manque, le désir. Mais sa disparition n'alourdit pas le texte, comme je le craignais, ne le fige pas dans une solennité somptuaire - au contraire, c'est curieux, de l'échappée de l'hiver, il reste quelques traces, comme celui qui aurait laissé dans sa chambre, avant de partir, un mot qu'on se surprend à lire comme dans l'attente de son retour imminent.

Il avait parfois le sentiment vif de ces joints mal étanches de sa vie où la coulée du temps un moment semblait fuir et où, rameutées l’une à l’autre par un même éclairage sans âge, le va-et-vient des seules images revenait battre comme une porte.

Pensées, donc, au marcheur, aux cairns qu'il a déposés sur sa route. Aux feuilles cassées sur son passage, et dont on ignorera si c'est cause de vent, ou d'allée, empressée d'ailleurs.)

22.12.08

les évidences (décembre)

Tourner autour des évidences : le retard ne se rattrape pas (mais quand même : on avance derrière et on accélère le pas, comme si) ; l'année touche en décembre à l'essentiel (mais ne pas s'empêcher de penser qu'en ce mois, tout est déjà fini, ou que tout n'est pas encore commencé : mais que rien n'a lieu qu'un bilan jusqu'à l'écœurement) ; le jour semble décliner jusqu'à ne plus pouvoir se lever (alors que le jour depuis hier s'allonge) ; la nuit s'impose dès l'après-midi (alors que ce n'est que l'ombre du soir précédent qui continue de porter) : et des évidences qui m'assaillent, m'imposent leurs pensées sèches et stériles, je ne suis pas sauvé avant l'endormissement. Au réveil, c'est pire (il y en a d'autres). Il me faut les affronter les unes après les autres, leur échapper - pour pouvoir penser, de nouveau, et marcher. Avant qu'une autre, etc.

19.12.08

la géométrie des places

Les rues descendent de la ville comme les épaules d'un vieillard – quand on s'approche du centre, c'est les boulevards qu'on voit le mieux ; et quand des boulevards on regarde le centre, on ne voit rien qu'un peu de lumière qui commencent à s'éteindre. Mais qu'on vienne au pied de la statue, et son ombre pour protecteur qu'elle fût, n'est plus qu'un receptacle des endroits inoccupés de la ville - et de là, je saisis la situation telle que je la rêve : la ville n'est pas le lieu où l'on va, mais ce qu'on emmène avec soi, quand on ne sait plus qui de la ville ou de soi arpente l'autre. Dans les espaces les plus reculés de la honte des autres, les plus inondés dans la colère d'ailleurs, les plus effrayés de cette ombre qui recule : on va (et on donne nom à la ville de ces visages qu'on lui fait porter). Et cette ombre, à cinq heures, qui s'éloigne, et revient vers le pied de la statue : ce qu'elle arrache avec la lumière quand elle déplace dans son retrait la géométrie connue des places, c'est le visage de soi en veillard qui viendrait visiter sa ville d'enfance, moins pour la hanter, que pour la pleurer.

18.12.08

environ

"ils veulent rajouter une heure chaque millénaire environ"

alors qu'une seconde de temps en temps,
ça suffit à prolonger le temps
ou à le ralentir
(ou à l'arrêter ?)

"on a arrêté de prendre la Terre pour horloge de référence"

Une seconde, en plus, en moins
(ou plutôt, si j'ai bien compris :
la même seconde répétée deux fois (?)

Pourtant, est-ce que ce sera la même seconde ? qui le dira ?
Si ce n'est pas la terre - qui ?

17.12.08

murs_voix


Les murs n'ont pas besoin d'oreilles pour écrire, se répondre, ou pour pleurer toutes les larmes de nos corps tombées du ciel. Les murs à qui l'ont confie plus que de simples prières : nos voix mêmes ; à charge pour eux de les porter. Ce qui fait que les murs sont si lents, si lourds, c'est la masse des voix qui leur sont confié.

Qu'on leur murmure des paroles soufflées, des cris heurtés, des pleurs ravalés d'insultes, des caresses qu'en silence on impose comme on tendrait les doigts pour ne toucher que des mots plus transparents que le corps, qu'on leur dise, enfin, les douleurs et les charmes traînés — les vacarmes traversés de fatigue.
Qu'on leur souffle dessus les visages qu'on a croisés, les souvenirs dont on ne veut plus, les couleurs qu'on attribue aux voyelles d'autres langues. À charge pour eux de les porter.
Qu'on leur dépose sur leur paroi massacrée le nom des villes qu'on arpente, à eux d'en inventer une géographie intime, rêvée, rêveuse de plus d'ailleurs.

Il arrivera, une nuit plus froide et dense qu'une autre, qu'un vienne, ou qu'une recueille, glane, râcle — endosse pour toutes ces voix la voix de celle qui dit — ainsi le poids des choses ployé sur le monde ; ainsi la part de silence qu'on lui attribue : ainsi la part de violence et de grâce qu'en retour, en réponse, par défi, on dépose au pied du monde.


(écho depuis abadôn.fr de Michèle Dujardin)

16.12.08

là demain


Au dessus du boulevard, ce type qui s'était assis il y a si longtemps - "combien de semaines font une année, et combien d'années font une seule semaine" : il répétait d'une voix de cailloux roulés dans la gorge - , ce type qui savait comment voir le visage de chacun, "de biais, juste de biais", qui se penchait pour lâcher un mot, pour cracher une colère qui devait l'avoir maintenu éveillé un temps, et qui n'était plus qu'un automatisme forcené dans un corps capable de plus de fatigue que de rancoeur : ce type qui sera là demain, certitude plus ancrée dans la réalité que la distance du soleil : "le long de mon bras, je te dis : de mon bras". Qu'il tend aussi loin qu'il peut, et ne se détache pas de son corps.

15.12.08

rochers

Il y a des escaliers qu'on monte, des escaliers qu'on descend - les mêmes ? Des portes qui s'ouvrent sur des grilles, des murs qui s'appuient sur d'autres murs. Des lettres qui n'écrivent pas de mots. Il y a des pierres qui ne sont issues d'aucun rocher. Des douleurs qui n'ont pas d'autre cause que le temps passé à les oublier.

13.12.08

autour duquel

Sentiment de manque : non que quelque chose manque en particulier, mais ce sentiment qu'en toute chose une part essentielle se dérobe. Rue de Rennes (penser à Bataille), descendre et remonter autrement qu'en descendant et remontant une rue on imagine qu'on va - mais sur la ville qui porte mes pas, appuyer plus profondément dans sa chair ne change pas le poids du ciel sur mes épaules : remonter et descendre ce manque autour duquel je tourne et qui pourrait s'appeler - non pas le temps ; mais les signes du temps qu'arpentant je sème, et ne retrouve pas.

11.12.08

lequel

Du type qui approche, ou du train, lequel avance, et vers où.
Et du matin, du soir, lequel tend la main auquel, c'est une question.
(Lequel de l'oiseau, ou de l'arbre, se pose sur l'autre : oui - insoluble)
Surtout, qui s'impose : cette question essentielle, ce soir (je n'imagine pas les conséquences si je ne trouve pas), quand revenir sur cette image d'hier, avec le sentiment d'un siècle enjambé, ou d'une seule journée (ne sais plus) :
du corps ou de la pensée, lequel précède l'autre dans la fatigue
- ce soir.

9.12.08

promesses


Du ciel, retenir la leçon infligée au retard ce matin, sur le quai : la tête levée du type en direction du Whistler peint sur toute la surface des nuages, ce type qui lui parlait - la profondeur de sa voix, la sûreté de ses gestes pour l'injurier. Du ciel ce matin, retenir ce qu'il ne présageait pas : sa lente et continue extinction tout au long de la journée.

8.12.08

des toiles


"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile et je danse."(a.rimbaud)

5.12.08

en descendant du train

Suivre, sans le voir vraiment, (mais plutôt être happé), le couloir de lumière qui mène à la sortie, comme au fond de l'eau lever les yeux à la surface, et des reflets qui me parviennent, tendre la main pour ne toucher que le miroitement, jamais la surface. Je voudrais parler, et c'est au fond de la gorge, quand je sors du train, encore la nausée qui enfonce dans ma bouche du silence pâteux jusque dans la gorge. Je voudrais marcher, mais le boitement du train se poursuit dans mes genoux, et j'avance plus que je ne marche. Pourtant - suivre, sans regarder, les types qui se précipitent dans la ville, être avalée par elle, réapprendre à parler, marcher, voir.

2.12.08

la soif



Dans le soir, on est comme replongé du monde, et des bruits que la ville fait pour mimer un peu son passé - univers qu'on arpente comme en fantôme de soi, ignoré, traversé par ces gestes qui se tracent dans les couloirs du métro, des endroits où on va d'un lieu à un autre : depuis toujours, ce sentiment que s'y joue plus qu'une allégorie de soi en ville (et quand on la quitte, quelques jours : c'est comme revenir à cette évidence, la violence qu'on y éprouve est sans limite). Du jour, ne retenir que ce vers quoi il a tendu. Mais dans la voix, (timbre 1962, la chaleur du gaslight en sourdine, en étuve) au moins, on touche à l'essentiel. Que le présent n'est pas dans le mot qu'on attend, mais dans sa tension vers ce qui se presse au coeur (aux nerfs), vers cette douleur qu'on sait plus fort que soi : mais qu'on appelle, qu'on provoque (parce que c'est depuis elle qu'on se tient, c'est d'elle dont on tient les mots, ceux qui nomment un peu de ce qu'on est : ceux qui nomment l'essentiel de ce qu'on ne saurait pas ne pas être). Dans le soir, la voix ne tient pas chaud, mais plus vivant. Présent à cette douleur : l'alcool de la rue, effluve de ce qui rend plus saoul encore d'être : j'ai marché si vite, si longtemps, et si loin que c'est la ville même que j'ai perdue, et la retrouver ne sert à rien : comme si la perdre une fois, c'est ne jamais la retrouver que dans cette perte où je me tiens. De là que je parle. Dans le soir, la voix articule la douleur comme si c'est le nom de la perte qu'elle énonce. Laisse moi manger quand j'ai faim, boire quand j'ai soif. Que le soif soit une raison de creuser en moi le vide qu'elle appelle.