2.12.08

la soif



Dans le soir, on est comme replongé du monde, et des bruits que la ville fait pour mimer un peu son passé - univers qu'on arpente comme en fantôme de soi, ignoré, traversé par ces gestes qui se tracent dans les couloirs du métro, des endroits où on va d'un lieu à un autre : depuis toujours, ce sentiment que s'y joue plus qu'une allégorie de soi en ville (et quand on la quitte, quelques jours : c'est comme revenir à cette évidence, la violence qu'on y éprouve est sans limite). Du jour, ne retenir que ce vers quoi il a tendu. Mais dans la voix, (timbre 1962, la chaleur du gaslight en sourdine, en étuve) au moins, on touche à l'essentiel. Que le présent n'est pas dans le mot qu'on attend, mais dans sa tension vers ce qui se presse au coeur (aux nerfs), vers cette douleur qu'on sait plus fort que soi : mais qu'on appelle, qu'on provoque (parce que c'est depuis elle qu'on se tient, c'est d'elle dont on tient les mots, ceux qui nomment un peu de ce qu'on est : ceux qui nomment l'essentiel de ce qu'on ne saurait pas ne pas être). Dans le soir, la voix ne tient pas chaud, mais plus vivant. Présent à cette douleur : l'alcool de la rue, effluve de ce qui rend plus saoul encore d'être : j'ai marché si vite, si longtemps, et si loin que c'est la ville même que j'ai perdue, et la retrouver ne sert à rien : comme si la perdre une fois, c'est ne jamais la retrouver que dans cette perte où je me tiens. De là que je parle. Dans le soir, la voix articule la douleur comme si c'est le nom de la perte qu'elle énonce. Laisse moi manger quand j'ai faim, boire quand j'ai soif. Que le soif soit une raison de creuser en moi le vide qu'elle appelle.

1 commentaire:

barbara a dit…

Chante ta soif irisée pour faire de la perte un reflet