19.12.08

la géométrie des places

Les rues descendent de la ville comme les épaules d'un vieillard – quand on s'approche du centre, c'est les boulevards qu'on voit le mieux ; et quand des boulevards on regarde le centre, on ne voit rien qu'un peu de lumière qui commencent à s'éteindre. Mais qu'on vienne au pied de la statue, et son ombre pour protecteur qu'elle fût, n'est plus qu'un receptacle des endroits inoccupés de la ville - et de là, je saisis la situation telle que je la rêve : la ville n'est pas le lieu où l'on va, mais ce qu'on emmène avec soi, quand on ne sait plus qui de la ville ou de soi arpente l'autre. Dans les espaces les plus reculés de la honte des autres, les plus inondés dans la colère d'ailleurs, les plus effrayés de cette ombre qui recule : on va (et on donne nom à la ville de ces visages qu'on lui fait porter). Et cette ombre, à cinq heures, qui s'éloigne, et revient vers le pied de la statue : ce qu'elle arrache avec la lumière quand elle déplace dans son retrait la géométrie connue des places, c'est le visage de soi en veillard qui viendrait visiter sa ville d'enfance, moins pour la hanter, que pour la pleurer.

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