17.12.08

murs_voix


Les murs n'ont pas besoin d'oreilles pour écrire, se répondre, ou pour pleurer toutes les larmes de nos corps tombées du ciel. Les murs à qui l'ont confie plus que de simples prières : nos voix mêmes ; à charge pour eux de les porter. Ce qui fait que les murs sont si lents, si lourds, c'est la masse des voix qui leur sont confié.

Qu'on leur murmure des paroles soufflées, des cris heurtés, des pleurs ravalés d'insultes, des caresses qu'en silence on impose comme on tendrait les doigts pour ne toucher que des mots plus transparents que le corps, qu'on leur dise, enfin, les douleurs et les charmes traînés — les vacarmes traversés de fatigue.
Qu'on leur souffle dessus les visages qu'on a croisés, les souvenirs dont on ne veut plus, les couleurs qu'on attribue aux voyelles d'autres langues. À charge pour eux de les porter.
Qu'on leur dépose sur leur paroi massacrée le nom des villes qu'on arpente, à eux d'en inventer une géographie intime, rêvée, rêveuse de plus d'ailleurs.

Il arrivera, une nuit plus froide et dense qu'une autre, qu'un vienne, ou qu'une recueille, glane, râcle — endosse pour toutes ces voix la voix de celle qui dit — ainsi le poids des choses ployé sur le monde ; ainsi la part de silence qu'on lui attribue : ainsi la part de violence et de grâce qu'en retour, en réponse, par défi, on dépose au pied du monde.


(écho depuis abadôn.fr de Michèle Dujardin)

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