
Lire des livres inutiles toute la semaine : laisser sur la table tous les autres livres nécessaires et ne pas pouvoir s'y lancer, parce que ça demanderait cette disponibilité impossible ces jours - et que plonger dedans ne ferait que rendre la lecture plus douloureuse. Les livres inutiles qui doivent se lire se porteront encore mieux. Et la fatigue augmente aussi vite que le travail recule.
Il y a cette phrase de Deleuze, et je ne m'en souviens plus très bien (cette incapacité que j'ai de citer exactement, combien je me la reproche), elle dit quelque chose comme : "la fatigue, c'est quand on ne peut plus rien tirer de soi même" - mais passé un certain seuil, quand la fatigue est depuis longtemps larguée derrière soi, le corps continue seul de ne rien tirer de soi : comment ça s'appelle, ce qui suit la fatigue ?
Mais ce soir impossible. Alors, ce soir, Koltès ouvert devant moi, ce soir ce livre que je lis par dessus tout (et tant pis). Et dans la chambre, qui rebondit sur les murs, "it's all over now, baby blue", un harmonica et trois notes à la guitare, une voix qui dit la fatigue aussi, qui dit comment, passé un certain seuil, elle peut s'articuler à cette nécessité intérieure qui démange, qui tire de soi même quelque chose d'autre qu'un peu de fatigue résiduelle, quelque chose d'autre qui recommence ce soir, "Strike another match, go start anew"