"trap", patchwör(c)k, 2008
31.3.08
piège
"trap", patchwör(c)k, 2008
30.3.08
un mensonge

28.3.08
sans respirer

26.3.08
à demi-ouverte

25.3.08
apnée
Prendre le temps de ne pas respirer, c'est choisir sa bouffée d'air - ce matin, en sortant, décider de laisser le temps passer devant, sans moi - il repassera bien assez tôt. Après midi, le temps revenu comme un souffle sous la nuque coupée, et la trace qu'il a laissée m'a tenu debout pour le reste de la journée.
24.3.08
"l'étreinte se relâchait"

Quand on est comme moi dans l'incapacité réelle (je veux dire : douloureuse et indifférente) de comprendre de quoi sont faits l'habitude sociale, la certitude, l'attention à l'important (quand seuls comptent pour moi les détails), la relation attendue (quand seule existe à mes yeux la relation sans cause et sans demande) - quand on est dans la marche oblique et non dans les couloirs ; difficile de comprendre quoi que ce soit à la marche du monde, impossible de ne pas se retrouver obligé de l'enjamber : et en tirer les conséquences.
Quand je m'endors, c'est en pensant aux derniers cauchemars que la journée a faits pour moi - et cela m'apaise (car c'est la preuve que je suis intact : et le jour où je n'y penserai plus, le jour où je pourrai m'endormir sans y penser, c'est que le cauchemar du monde m'aura pris, m'aura confondu en lui) Quand je me lève c'est toujours aussi incrédule et encauchemardé. Mais je suis pour le moment protégé - c'est de l'écrire aussi, c'est de passer la part essentielle du temps à composer contre lui une marche oblique et obstinée (qu'on appelle ça journal (pour le temps passé contre le temps qu'on m'impose), ou contretemps - que je sois moi à le tenir, ou à seulement à l'imaginer, à le porter derrière chaque geste, et toujours égal à moi même, et toujours à ma mesure, et toujours aussi proche que possible de cette exigence pour moi-même nécessaire : continuer à me maintenir hors de ce cauchemar) - on pourrait en faire une vie, et cette vie me suffit : cette vie pénible et lente est pour moi celle que j'ai choisie. Ne reste qu'à la continuer, et le plus dur commence. Là où je suis ici, l'important est pour moi d'être encore là où je le décide : encore. Le cauchemar peut bien continuer, je me tiens au dessus des hommes qui le peuplent.
Ai cherché quelque chose dans Le pèse-Nerfs (bien sûr, impossible de retrouver). Mais malgré tout, s'arrêter un peu, et repenser à ce dégoût qui m'a pris un jour et passe pas.
"En sommeil, nerfs tendus tout le long des jambes.
Le sommeil venait d’un déplacement de croyance, l’étreinte se relâchait, l’absurde me marchait sur les pieds."
22.3.08
je te raconterai des histoires
***
Quand le mot prononcé fait tomber l’évidence qui la couvrait, une fois dite la peur s’établit et quand on voulait la conjurer on l’invoque, voilà qu’elle prend toute la place devant soi, occupe le temps comme trouvant sa place aménagée au devant de soi – mais jusqu’à ce qu’on se refuse à la prononcer, la peur n’est qu’un sentiment diffus – il suffit qu’on la dise, soudain, c’est le temps autour d’elle qui n’est que diffus : elle, elle prend le poids du corps, elle prend l’espace de la chambre comme un gaz dans une pièce et sur chacune des parois y imprime sa vapeur lente et insistante. Je n’ai pas peur, dit-elle. La peur déjà tapie s’échappe. Je pourrais rajouter – ne t’en fais pas, la ville dort et tout est calme. Le mot jeté dans le froid et presque déjà dans le sommeil ressaisit le corps et le ressuscite contre lui – rien n’existera que cette peur, immobile, entre nous. Cette peur de quoi ? De rien d’autre qu’elle. Cette peur qui s’impose devant l’objet qui l’appelle. On se serre, on se cherche, on voudrait basculer au lendemain d’ici, et c’est toujours cette peur qui ne vient pas, qui ne cesse pas de ne pas venir, n’arrive pas à ne pas finir de venir – et on parle pour occuper la peur ; ces mots prononcés comme pour la provoquer ; la peur trouve d’autres moyens, elle sait s’habituer à ma voix, elle sait attendre le moment où se ficher dans la gorge et ne plus en sortir, et prendre la place du silence – et je continuerai pourtant de parler, ne t’en fais, je ne m’arrêterai pas ; je te raconterai des histoires jusqu’à ce que la peur s’abandonne à moi et s’oublie dans sa propre peur d’arriver jusqu’ici ; ne t’en fais pas je continuerai ; à parler,
(écho depuis une voix parvient à quelqu'un dans le noir de Olivier Guéry)
21.3.08
face

20.3.08
on dirait

18.3.08
au beau milieu

16.3.08
sur la place

15.3.08
13.3.08
"quelque chose à agencer"
Je pense alors (en prolongement...) à ce qui relie secrètement la chambre de Woolf à la cave de Kafka, à l'atelier de Giacometti et à la pièce tapissée de liège de Proust : sans doute est-ce plus que la simple fonction du lieu destiné à l'écriture. Ce qui les relie, c'est d'une certaine manière le désir étrange qu'on a aujourd'hui de les relier. C'est le lien même que ces lieux tissent en moi, à travers le temps - image du réseau, de la traversée éprouvée dans le langage. Le réseau constitué par et dans le langage, et qu'on éprouve à la lecture : le réseau comme appelé par l'écriture pour qu'elle se constitue en tant que telle, à la lecture. Alors, c'est à chaque fois l'image d'un écran qu'on traverse, l'image de cette traversée, qui s'impose quand je pense à leur geste : parce que ces chambres ne sont closes qu'en tant qu'elles désignent l'objet clos vers lequel elles sont malgré tout orientées - mais en dehors de laquelle leur désir s'échappe : l'écriture n'est pas une chambre close. Mais une toile qu'on traverse, depuis toujours - et qui aujourd'hui se donne dans une forme désignant le geste même qu'il énonce. Cette ouverture n'a pas de limite, ni de durée, interface-monde qui s'élance en ligne directe depuis leur origine infinie vers ici, encore et encore.
Ces chambres existent dans notre imaginaire en lieu et place de la parole, en relai de cette parole qu'on tâtonne avec le poignet sur la page, horizontalité de la feuille posée et de la ligne qui la suit, verticalité obtenue par la page noircie, et entre les deux : cette verticalité qui traverse soi à l'autre, cette horizontalité qui nous uni dans le même mot énoncé en soi, et comme en même temps à des années d'intervalle. Chambre comme support et objet, et sujet même de ce qu'elles projettent. Ces chambres ont aujourd'hui leur équivalent immatériel, corps sans organes qui nous relie au monde : toile étoilée de réseaux en réseaux qu'on nomme l'internet.
Cette chambre claire enferme la lumière pour mieux la redonner ; machine : écran rectangulaire posé devant moi comme je le remplis en même temps que je parle en moi la langue que je cherche, et que cherchent pour moi à la fois l'écran et la langue même ; se dire que cette chambre, toile qui m'inclus et que je tisse (ces cordes tendues, ces chaînes d'or), dont je fais tout à la fois partie et hors laquelle je me tiens pour mieux la prolonger, cette chambre donc a porte ouverte désormais sur l'immédiat qu'on ouvre d'un geste du poignet, d'un seul mouvement de doigt, et fenêtres ouvertes alors figurées sur mon écran comme image de cette ouverture et accès à cette immédiateté même.
Je pense au lien comme maître mot imposé partout ; mais ce qu'il dégage dans son flou même, dans son erreur - toute une justesse, une puissance de la relation qui est la littérature même, c'est-à-dire surtout un mouvement de décentrement, hors de soi et hors d'elle : refus de la littérature seulement et pauvrement écrite - choix de celle qui remue.
Ce qui a changé, c'est que la solitude de la chambre est désormais peuplée - le texte écrit et publié dans le même temps, et aux yeux de tous ceux qui se tiennent devant le livre ouvert - mais plusieurs solitudes ne font pas une foule amassée ensemble qui bavarde ; au contraire. Car qui s'est modifié aussi, c'est le temps entre le mot traversé en soi et sa traversée de l'autre côté de soi, sur l'écran en partage, mais pas le silence et la solitude avec lesquels le texte se lit et se réécrit à sa suite. Et qui dira que c'est un recul, le partage ? (quant aux moi-je dégoulinés sur certaines pages, on ne les lit pas : on ne lit pas ce qui annule le mouvement même qu'appelle le web : ces pages n'existent pas, voilà tout.)
L'atelier est à ciel-ouvert, le carnet aux quatre vents, la langue s'essaie à elle même, essaie le monde à sa mesure, essaie sa propre mesure à la hauteur de ce qu'elle peut nommer, au fur et à mesure de son avancée (Montaigne est si proche de cette avancée toujours risquée dans la langue et en soi, et hors soi, surtout) : carnet immense qui se remplit sous les yeux (mon espace comme monade de l'espace gigantesque qui m'entoure, comme reflet en miniature de sa propre logique, comme répétition à ma mesure de l'échelle du monde qui me contient), et le geste même qui l'inscrit devient l'œuvre - une œuvre œuvrée : Rabelais aurait trouvé son compte, comme ses amis éditeurs, Dolet et autres - on regrette juste que ceux qui l'ont brûlé existent toujours, d'une certaine manière (je suis passé devant la place Maubert, tout à l'heure : salut à l'éditeur lyonnais).
Investir ce lieu qu'est le web, c'est ainsi continuer la même exigence, ce même mouvement amorcé jadis : rester fidèle à ce qu'ils nous ont laissé, et ce pourquoi nous n'avons pas renoncé.
Alors je pense finalement à cette question (en partage, aussi) : internet - à quoi tient la projection d'un lieu ?
12.3.08
ne pas en dire davantage
9.3.08
vaincu
William Faulkner, Sanctuaire
5.3.08
her regards

Ce soir, par le même hasard, le même hasard objectif qui me trouve chaque soir à écouter encore (et encore) cette mélodie, j'écoute enfin l'ancienne chanson telle qu'elle est, les cordes à peine pincées, la voix posée plus lentement et plus lourde d'énergie mimée, défaite qui n'a pas dit son dernier mot mais qui répète inlassablement cette impossible vie qu'elle aurait pu endosser, telle qu'on la voit en rêve jouer par d'autres.
Bien sûr, la mélodie est semblable. Mais ce que j'entends ce soir, à contretemps comme pour tout et toujours, c'est cette voix de femme plus lointaine qui déchire malgré tout la voix de l'homme, cette douleur joyeuse traversée par cette femme (que vous n'entendrez peut-être pas, que j'invente sans doute), ce sourd et tenace fredonnement qui défie le long dépli du chant du type échoué comme le ressac sur ce souple vocalise - tissage de voix qui me semble être la musique même, tout ce que la reprise récente dans sa vulgaire répétition sensible et fausse n'a pas saisi.
Cette idée que la voix de la fille creuse plus loin la plainte dans le corps, jusqu'à le mettre à nue, le délester de sa peau, de sa douleur, laisser sa peur quelque part où elle ne sera plus que de la musique, et emmener le type, ailleurs, où on n'aura pas besoin de parler, ni de chanter, ni même de se toucher, ni de ne rien faire d'autre que d'être ailleurs, et s'en aller plus loin, remplacer la couleur des murs par des routes, des trains qu'on attend et qu'on laisse passer, des rails qui remplacent les routes et sur lesquels on dépose nos traces au vent, deux foulées mélangées dans la poussière.
"famous blue raincoat", Leonard Cohen
4.3.08
"es ist ein Nebelstreif"

"der erlkönig", Franz Schubert, Lieder - par Dietrich Fischer-Dieskau (1969)
3.3.08
les passeurs d'ange
Au passage, on dispersait des ombres pour les emprisonner, mais ils ont fini par comprendre, ou par ne plus avoir peur, alors ça ne servait plus à rien. Pourtant, on a continué, par habitude - ou pour la beauté du geste. Dans les tunnels de métro, on peut voir un peu de cette poussière d'ange qui dessine la trace de nos silences impuissants à s'établir, dans le fracas du monde."Le silence - quand la voix se tait au dehors de la bouche."
Quand ce n'est pas uniquement le bruit de fond de la ville qui pénètre chaque seconde entre nous, mais la densité d'attente de part et d'autre de laquelle on se tient, et le premier qui bouge tombe dans le vide qu'on vient de tisser patiemment de nos silences.
Quand ce n'est pas deux corps qui se touchent, qui se taisent, mais deux paumes l'une contre l'autre qui ne parviennent pas à s'échanger et qui recommencent.
"Dans leurs silences - ce qui reste interdit"
2.3.08
conciliabule

cette réponse ensuite - la main serrée contre la main avancée le long du boulevard et au moment de lever la tête sur le silence, la lumière qui traverse ; non pas trace comme souvenir qui est en train de passer : mais lumière qu'on capture avant de la redonner, un jour, peut-être.