20.1.09

ici et maintenant

Kazuo Ohno
photo: H. Tsukamoto


anthony and the johnsons_one dove (the crying light, 2009)

Le danseur qui mime, non le pas du marcheur qui se serait mis à danser, mais le geste du danseur sur le point de ne plus marcher, aurait trouvé en un sens la manière de marcher du premier marcheur, du dernier. Il tend ses doigts jusqu'à l'espace qui outrepasse son bras, il désigne du visage l'expression qui les fonde toutes. Et chaque mouvement est une manière de dire ce qui, en-deça du langage, est l'impulsion de chaque mot. On pourrait parler d'écriture en usant de métaphores. Et on pourrait l'aborder frontalement, on regardant Kazuo Ohno danser le geste qui écrit dans l'air sur toutes faces du monde, la langue qui rend sa dette au silence. On dira (je sais, on le dit déjà), que ce qu'il faut à la littérature c'est de parler d'ici et de maintenant (et donc, ne reste qu'à copier l'œuvre gigantesque que le monde écrit pour nous). Et je regarde Ohno, impression que ce n'est pas d'hier que son geste prend possession. La nuit des temps, c'est ici et maintenant, dit-il. On peut entendre le pas craquer, le bras avancer, la respiration s'arrêter. On peut entendre la pensée reprendre. On peut ensuite écrire la courbe de chaque geste, c'est un travail pour des années. On peut commencer aujourd'hui, ici — maintenant.