29.1.09

Trois façons de marcher

C'est le nombre de visages, c'est le bruit des pas qu'on ne perçoit plus, et c'est, vers 17h, la largeur des rues qui se réduit : la densité des corps qui se touchent, les battements, les cris automatiques comme des mots décrochés du sens depuis leur millième profération. C'est sans doute aussi le rasant de la lumière et le froid monté du sol chaque minute passée qui enfonce davantage le soleil derrière les immeubles — tout cela qui fait du soir la fatigue du monde autant que son sursaut.

Deux heures avant, la surface de l'écran tenait pour moi lieu de monde, et dans l'échange, se dire que ce qu'on partage, là, participe de cette marche aussi. On grimpe des sommets à notre échelle : pour moi, c'était question de défilement écran, et, sans cordage, je ne sais pas si j'aurais pu monter. L'apprentissage de l'outil (qui nous permet de nommer) est si essentiel — plus qu'une béquille pour marcher : une manière de marcher plus droit.

La veille enfin, par hasard ou presque, se retrouver à traverser la forêt renversée par du vent, ou plus justement coupée à hauteur de dix mètres par une faux invisible. Travelling long de quatre heures en bus à travers les Landes : les câbles au sol, les bois sans branche dispersés comme des crayons trop rapidement taillés. On monte dans le train avec de telles images, et qu'est ce qu'on en ferait ? Une précise et joyeuse fable se forme en moi : une longue marche d'arbres qui manifesteraient contre le vent. Mais fait-on autre chose, nous autres.

4 commentaires:

Prax a dit…

C'est sur que les pins auraient des raisons de manifester contre leur condition d'élevage, en rang de poireaux, sans mélange d'age, ni d'essence.

Dominique Paillard a dit…

dans la forêt des Landes, on raconte qu'un jeune pin a refusé de pousser...

F a dit…

fascination parallèle avant-hier depuis la vitre du Corail Bordeaux Toulouse (et cimetière de Libourne au retour) - eau, brouillard, et traces de la furie...
http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article604

http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1642

Stéphan a dit…

Le but de la marche n'est-il pas au fond - au front ? - de toute chose, la marche ?
Merci à nos pieds, aux pavés ou à la terre, de supporter cette marche là encore.