6.2.09

après les marches

Les slogans automatiques, dont la répétition efface, lettre après lettre, le sens des phrases (phrases réduites au rythme machinal qui les scande comme des coups portés sur le sol avec le pied) s'estompe mal, mais on finit par ne plus les entendre, et ce silence vrille davantage : on est devant le parc, c'est le calme alors soudain qui éveille la fatigue, qui tord le corps. On a fini d'user la journée sous la semelle à force de piétiner, et où la marche a conduit, on ne sait pas. En bas du boulevard, peut-être : c'est déjà une avancée. Le matin, j'aurai regardé ceux qui savent parler — la journée, ceux qui savent marcher. Et le soir : j'aurai participé au soir (c'est une manière de voir les choses) en l'enregistrant — ce à quoi j'ai pris part ce jour, ces marches minuscules qui crient, (ces marches qui avancent sur la ville les cris qui voudraient arracher au pouvoir son mépris, ses ratures sur nos vies), valait ce soir le fait qu'en face du parc, je m'en saisisse, en partage. La lumière du soir ne ressemble pas à la journée, elle jure avec sa lenteur (tu me dis que c'est la couleur du ciel sur les montagnes : et cela me paraît plus vraisemblable). La lumière du soir ne participe pas à la journée. Et moi, je l'enregistre en pensant : demain, ce qu'il restera de la veille sera de la lumière sans coïncidence avec rien.

(écho depuis le journal en ligne de Ariane Revel)

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