8.2.09

impossible de partir


Et puis (il s'adresse à moi quand je passe à sa hauteur dans la rue) : ce qu'on laisserait derrière soi finirait par entraver chaque pas. Les types qui disparaissent, on ne leur laisse pas la possibilité de s'évanouir dans la nature. La nature, c'est une manière de rêve qu'on traîne avec soi la nuit, quand personne n'est là pour nous l'arracher, dit-il. Il dit aussi : impossible de partir sans laisser de mot, alors qu'en laissant un mot, c'est ce qui fait que personne ne part vraiment. Il dit d'autres choses encore, mais ça restait coincé dans sa gorge. Je lui raconte alors cette histoire que j'avais lue, dans les journaux, en forme de fable : ce père, parti, un jour, avec ses deux enfants : la mère qui les déclare disparus, volés, et alors : les recherches, l'évanouissement total. Et qu'on avait fini par les retrouver, près de quinze ans plus tard — que les enfants étaient devenus des hommes, et que le départ avait été pour eux la seule vie. Qu'on leur reprochait désormais de ne pas revenir. Mais où ? Que le retour n'était pour eux qu'un autre départ, plus radical encore : parce que désormais, peut-être, celui-ci interdirait tout nouveau départ, puisque déjà accompli dans leur enfance. Il ne m'écoute pas : il me demande du feu (que je n'ai pas), et s'en va.

2 commentaires:

Prax a dit…

Je vois un lien (ténu) entre ne pas avoir de feu (donc ne pas mettre le feu) et ne pas partir.

brigetoun a dit…

et les mots qui ne se répondent qu'avec un décalage dans le temps - les cervaux qui suivent leur rythme