9.2.09

l'oubli, le manque : autofictions

Impossible de retrouver tel passage dans tel livre (alors que j'en visualise jusqu'aux passages à la ligne, et l'emplacement précis sur la page : mais pas les mots, ni les phrases) — impossible ensuite, plus tard dans la journée, de revoir tel visage : seulement l'attitude, et pas véritablement l'attitude, mais une attitude précise (un mouvement d'épaule pour marquer l'agacement, la précision de ses mains) — impossible enfin, de saisir la chronologie particulière d'une lointaine (pas si lointaine) année, quand je voulais la fixer. Se demander un temps si tout cela est lié. Chercher ce qui les unit. Ne pas trouver non plus. L'écrire, ce que cela change. Rien.

Ou alors, peut-être, changer l'impossibilité en manque : et depuis ce manque : travailler : réfléchir à ce qui se construit de soi dans l'écriture, et de soi-même jeté en avant, ce qu'il reste : de la fiction et du monde inventé par elle. Passé trois heures sur cela, sans relâche.

Au bout de l'après-midi : avoir oublié les trois trous qui s'étaient creusés au matin. Ne les reprendre que ce soir, quand je les écris ici. Comme séquelles de ma journée : comme lieu indépassable ; et pourtant : je ne parviens pas à en comprendre seulement l'importance. Combien ces poussières entravent ma vue, ces dernières semaines. La journée comme ramassée en son point de fixité, l'autofiction pour prétexte : et par elle, atteindre ce que je ne touche pas — soi-même qui s'écrit en figure toujours échappée, toujours en avant de soi-même.

Le jour se couche et ce n'est pas la fin qui commence, seulement sa répétition.


(et ma lecture, sur persona, du livre de Chloé Delaume : Dans ma maison sous terre : poétique de l'autofiction)

1 commentaire:

Prax a dit…

Cela fait quelque temps qu'en rebond sur autofiction s'impose en moi fiction enracinée. Il faudrait que je creuse.