9.3.09

ex voto


Sur le mur, à sa mort, ils avaient fixé à hauteur d'épaule, façade la plus en vue, le masque de théâtre de cette célèbre actrice dont ils avaient voulu conserver la puissance des traits, la noblesse du regard, sa dignité. Quand ils passeraient devant le bâtiment, centre incontournable de la ville, ils n'oublieraient pas les gestes, les paroles, la portée de ses paroles lâchées depuis ce masque — et la puissance qui s'en chargeait alors s'en trouverait découplée. Peu à peu, le masque prit la forme du mur, se minéralisa jusqu'à devenir une excroissance à sa base. Puis, et c'était inévitable, le masque revêtit la grimace du bâtiment — et davantage que cela : mystérieusement, il revint au masque d'exprimer, comme jadis le rôle qu'il endossait, les figures que le temps imposait au temps. Visage troué désormais, comme je me tiens devant lui, et ce qu'il reste de l'actrice n'est pas moins détruit que la ville : visage qui aura su jusqu'à son dernier rôle jouer la partition parfaite qu'on lui aura attribué — sourire atroce de l'oubli qui persiste. Je me demande alors, en l'enregistrant, quel visage pour nos villes, quel rôle aujourd'hui saurait les dire.

3 commentaires:

Prax a dit…

Le temps est un spectateur toujours satisfait.

brigetoun a dit…

sourire atroce de l'oubli qui persiste - chance d'être à l'abri de cela pour les petits qui peuplent la ville, et la suivante, en restant invisible, simplement spectateurs pour les plus aiguisés

Arnaud Maïsetti a dit…

@prax : il peut - ne paie pas sa place, lui, non ?

@brigetoun : "il faut beaucoup de mémoire pour repousser le passé" (Mandelstamm)