28.3.09

le détail


C'est une manière de poser son corps sur le sol, d'appuyer sur la terre son poids. Il y a des crachats par terre, il y a des raisons d'en finir. Il y a des types qui sans les regarder, les enjambent dans un haussement d'épaules. Il y a des taches de sang, il y a des heures perdues à les perdre. En fait, la douleur, ce n'est pas vraiment une pression ponctuelle sur moi, c'est une façon précise de s'attacher aux détails, une façon de considérer la vie comme un détail (le détail qui donne sens au tout) : une manière de marcher le soir en considérant l'importance de cette tache sur le sol, qui grandit.

En sortant du théâtre, jeudi, avec ces pensées, rentrer par le boulevard Voltaire, et poser son corps dans le soir, ou à travers lui, et ce en essayant d'éviter soigneusement les taches que la ville avait répandues. Des phrases de la pièce, il m'en vient des dizaines, que je retrouve au rythme de mes pas. Elles viennent seules tellement elles semblaient juste, tout à l'heure. J'ai le livre dans mon sac, je pourrais vérifier, je ne le fais pas ; je me contente d'appuyer de tout mon poids sur le sol, en rejouant pour moi les phrases tout à l'heure lâchées comme d'évidence.

(sur la pièce Eden matin midi et soir de Chloé Delaume,
voir mes notes via le carnet)

3 commentaires:

l'apologueinutile a dit…

N'était-ce pas le tout qui donnait sens au détail? Quand? Depuis quand ombre portée... En vous on se perd.

JR a dit…

détails profus clair-obscur guère plus grands qu'une tête, crête du flux sous nos yeux sans voir ce qui a bougé, monde être libre sans forme, seulement avancer.

Arnaud Maïsetti a dit…

@l'apologue : se perdre, en effet (meilleur moyen de connaître une ville : s'y perdre - c'est un peu la même chose ici)

@JR : ou ville qui prend la forme de l'avancée (oui)