13.3.09

précipitations


Coulée de langage : on se tient au plus près du monde parce qu'on ne veut rien manquer de ce qu'il pourrait confier (un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits) - coulée de langage non pas dénué de sens, non : coulée qui entraîne dans le sens qu'on décide, et on est soi-même et la pente et le flux : ce serait ça, écrire. Mais ce qui importe le plus (comprendre cela cet après-midi : et plus que le comprendre — violence qui rompt en soi quelque chose qu'on ignorait), c'est de saisir, non pas vraiment vers où la coulée entraîne (la résolution d'une question en soi posée), mais sa vitesse.

Comprendre cela et le reformuler mille fois ensuite : ce soir, comme tant de soirs, ce journal écrit en dépôt de ce que la vie a pu apporter, le jour — noter son précipité. J'aurais pu appeler ce journal: précipité. Corps solide qui demeure. Et cette vitesse qui anticipe par excès le mouvement. Coulée de langage qui prend vitesse de mon pas ou de l'allure des choses en moi ? Coulée du réel qui devant moi passe, et dont je me saisis pour à mon tour me couler dans une forme qui saurait la dire (lui redonner sa vitesse ; lui imprimer la mienne). Qui dira la vitesse des voyelles — On se tient au plus près du monde pour traverser sa vitesse, raconter les récits qu'il produit dans la précipitation de sa fin qui recommence toujours,


1 commentaire:

Arnaud Maïsetti a dit…

"Dans La fureur de vaincre, on a filmé un enchaînement de katas par Bruce Lee au ralenti. Il paraît que ce n'est pas pour le goût de l'effet, mais uniquement parce que Bruce était capable de donner un coup à une telle vitesse que la camera n'avait pas le temps de l'enregistrer. Même histoire en ce qui concerne Mohamed Ali, dont on a accusé souvent les combats d'être truqués : son adversaire s'allongeait brusquement sur le sol sans que personne n'ait rien vu, pas même la caméra ; on raconte que le coup existait bel et bien, mais si rapide que personne n'avait le temps de rien voir.
Truqué ou pas, fantôme ou non, c'est quand même le meilleur et le plus martial coup qu'on ait inventé "
Bernard-Marie Koltès, le coup fantôme (in Prologue)