5.4.09

le coin de la rue, lorsque


(...) Bien sûr, il y a le travail, lent, patient, qu'on voudrait aussi rigoureux que possible, qu'on rêverait aussi juste que possible. Bien sûr, tout cela, qu'on nomme critique, ou seulement recherche est prétexte : à une critique plus profonde du langage, à une recherche de vérité. Et grande humilité devant la tâche : on avance un pas après l'autre sur continent entier. Et on n'est pas seul.

Et puis, il y a ce que ce travail permet, ou soutient : ma propre avancée dans la langue, dans la compréhension du monde par elle (armé de cette seule certitude : il n'y a pas d'autre compréhension sans elle). Il y a ce que ce travail engage, implique — sur la surface élaborée, une grande profondeur qui crée les remous : oui. Un coin de rue au détour de laquelle la rencontre change les perspectives, modifie les rapports (aux autres, à la littérature, à l'histoire, à soi).

Ensuite, il faudrait qu'à l'articulation des deux travaux, on trouve matière à déplacer encore les enjeux : ne pas chercher le point d'intersection des deux (jeu stérile) — mais l'endroit où les choses vont prendre encore un peu plus de vitesse. Qu'à l'articulation de l'un et l'autre travail, il y ait le frottement nécessaire à plus d'avancée encore, de celle qui font reculer la terre sous le pas.

Mais dans cette avancée là, aussi, on n'est pas vraiment seul. (...)
[extraits de notes écrites hier soir après l'émission radiophonique Surpris par la nuit proposée sur France Culture par A. Veinstein, "Bernard-Marie Koltès, retour à Babylone" (par Yan Ciret)]

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