« Dessinez sans intention particulière, griffonnez machinalement, il apparaît presque toujours sur le papier des visages. Menant une excessive vie faciale, on est aussi dans une perpétuelle fièvre de visages. Dès que je prends un crayon, un pinceau, il m’en vient sur le papier, les uns après les autres, dix, quinze, vingt. Et sauvages la plupart. Est-ce moi tous ces visages ? Ce sont d’autres ? De quels fonds venus ? Ne serait-il pas simplement la conscience de ma propre tête réfléchissante ? (Grimaces d’un visage second, de même que l’homme adulte qui souffre a cessé par pudeur de pleurer dans le malheur pour être plus souffrant dans le fond, de même il aurait cessé de grimacer pour devenir intérieurement plus grimaçant.) Derrière le visage aux traits immobiles, déserté, devenu simple masque, un autre visage supérieurement mobile bouillonne, se contracte, mijote dans un insupportable paroxysme. Derrière les traits figés, cherchant désespérément une issue, les expressions comme une bande de chiens hurleurs…"Moi, prenant des photos sans intention véritable, ce sont des silhouettes qui me viennent : sont-ce moi, ces contours ? Sans visage, et sans démarche, sans mouvement ni direction - oui, de quels fonds venus et vers où ils m'entraînent. Toutes silhouettes qui me pensent, qui me figurent.Michaux, L’espace du dedans
21.4.09
silhouettes
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2 commentaires:
dévisager, défigurer : c'est dans l'écart entre ces deux mots si proches, et comme en miroir, ou en ombres réciproques, qu'on peut se penser aux autres et à soi-même.
Merci pour ce texte et pour le chemin vers celui de Michaux
@cécile : et en creux, les mots envisager, configurer - par lesquels ils prennent appui ?
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