10.5.09

cette heure qui n'en est pas une


Stries en travers de l'orage, au-dessus de la nuit blanchie par les éclairs et la fatigue — appréhension du monde déréglée : et comme le vieux monsieur dans Roberto Zucco, il faudra que j'attende une autre nuit blanche pour retomber sur mes pieds et le jour, sinon, comme savoir que c'est du lendemain qu'il s'agira, du jour suivant la nuit ?
et moi, après cette première nuit blanche, il va bien me falloir sortir, traverser la grille, enfin ouverte, voir le jour alors que je n'ai pas vu la nuit. Et je ne sais rien maintenant de ce qui va se passer, de la manière dont je verrai le monde et dont le monde me verra ou ne me verra pas. Car je ne saurai plus ce qui est le jour et ce qui est la nuit, je ne saurai plus quoi faire, je vais tourner dans ma cuisine à la recherche de l'heure et tout cela me fait bien peur, jeune homme.

Roberto Zucco, B.-M. Koltès
Quand on lit un même texte plus de dix fois en quelques semaines, il arrive qu'au sortir d'une lecture, on demeure chancelant avec la pensée d'une réplique qu'on n'a pas lue (qu'on a omis de lire et qui pourtant), la certitude qu'une réplique est morte dans cette lecture qui a laissé le texte amputé en nous. Et quand on lève les yeux et que la nuit entière a tourné au-dessus de la ville en un clin d'oeil, il me reste cette phrase que je n'ai pas lue, et que je retrouve péniblement, mais que je retrouve au bout de la lecture suivante (parce qu'il faut alors tout relire pour retrouver le membre fantôme) — me voici hors du monde, à cette heure qui n'en est pas une — et je sais que je ne vais pas dormir, ce soir non plus, à la recherche, peut-être, de cette heure qui n'en est pas une, et qui est passée.

1 commentaire:

Prax a dit…

Très proustien cette recherche ;-)