6.5.09

paranoïa critique


Rester quelques minutes devant le mur, c'est d'abord un visage qui en sort, des dizaines même, toujours différents sous leurs masques, les sourires qui grimacent : visages de soi, visages d'inconnus plus précis que soi. Puis, des corps entiers, qui marchent, qui s'éloignent, qui laissent des traces de leur pas — reviendront les récupérer. Puis, encore un peu plus longtemps après, devant ce mur immobile, ce qu'on voit, ce sont des villes immenses, comme vues du ciel ou depuis la plus profonde de ses rues, ses ramifications aléatoires qui se relient toutes quelque part, secret le mieux gardé du monde mais qu'on perçoit là, qu'on décode dans l'instant. Et puis, rester encore, ne pas détacher les yeux du mur, c'est au-delà de la figuration des lignes striées par d'autres qui finissent par composer l'image parfaite des lignes de nos crânes, les chemins qui se perdent bien au-delà de la surface plane du mur, en soi (et puis, ensuite, plus loin que soi) : ce qu'on voit, au bout de ce temps, ce sont les profondeurs les plus lointaines d'un mur décomposé en strates infinies d'un monde traversé de lignes sous le regard.

Lire ce mur n'est pas différent, peut-être, de lire.

1 commentaire:

brigetoun a dit…

ou d'être au monde