8.5.09

peut-être était-ce la fin de la ville

Au-delà du portail, il redevint lucide et chercha lentement son chemin à travers les rues qu'il ne connaissait plus. Le plan qu'il avait tracé le matin était présent à son esprit, mais la ville avait changé ; les maisons, construites les unes sur les autres, rendues plus disparates encore par l'obscurité, s'ouvraient difficilement aux ruelles le long desquelles glissaient les passants. Il semblait qu'en entrant dans ces rues on entrait dans les maisons ; les cours se confondaient avec les places publiques ; les ponts passaient d'un édifice à l'autre et couraient au-dessus des immeubles comme des balcons interminables ; retrouvait-on un peu de liberté, c'est qu'on était enfermé dans un jardin et il fallait, pour découvrir une nouvelle issue, monter les escaliers et s'enfoncer à travers des constructions dont on ne savait si elles conduiraient jamais au-dehors.
Après avoir erré sans espoir, Akim atteignit une vaste promenade bordée de grands arbres tranquilles. Peut-être était-ce la fin de la ville, peut-être était-ce le commencement d'une vie nouvelle (...)

Maurice Blanchot, "L'Idylle", Le ressassement éternel
Le récit qui révèle les possibilités de la vie n’appelle pas forcément, mais il appelle un moment de rage, sans lequel son auteur serait aveugle à ces possibilités excessives.

George Bataille, Avant-propos du Bleu du ciel
De la manière d'habiter en étranger la ville — manière de rendre étrangère la possibilité même de la ville ; c'est-à-dire, peut-être, à chaque fois, de chercher dans la ville ce qui nous dépossède. Ces deux textes, lu ces derniers jours (relu, pour Bataille — mais c'est toujours une première fois qui décape le regard définitivement, définitivement à chaque lecture), et dans l'articulation des deux, l'étranger dans la ville, la force d'excès que son récit appelle, traverser deux leviers décisifs de formulation de la ville. Pour en parler demain* : ces deux récits nécessaires — il faudra aussi, et d'évidence, La Nuit juste avant les forêts ; Les Illuminations ; Godard ; Baudelaire ; Ecuador de Michaux. L'invention de la ville en visage — sa charge fantastique (ce qui la rend possible), son exposition politique (l'espace comme hiérarchisation sensible), ses coins de rue qui organisent spatialement la parole : si l'inconscient est structuré comme un langage, peut-être cette structure est-elle celle de nos villes.

Demain, à Reid Hall, répondant à une invitation de Véronique Lane, et en compagnie de Mahigan Lepage, parler donc de la ville et de l'étranger qui la peuple, de celui qui l'écrit et l'enregistre via blog et photographies ; de son écriture comme incitation à en inventer toutes sortes de formes.

1 commentaire:

brigetoun a dit…

des lignes de fuite qui ancrent et donnent sens