20.5.09

romans

Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

Romans, A. Rimb.

Dos à la ville, dos à la terre et dos à ce qui passe — quant à ce qui arrive, ce qui coule et remue dans le mouvement recommencé des reflux, quant à ce qui attend, m'attend, s'arme : face. Dix heures aujourd'hui du départ à l'arrivée : mais aller-retour seulement, gare bloquée et train à quai — je ne verrai pas la grande ville cette fois. Dix heures, et quand j'arrive, c'est pour rentrer sans avoir pris la peine de vraiment partir : depuis un point fixe, aller et revenir, soi mobile, mais immobile dans le train (et si je compte bien : 5 trains différents).

Mais lire dans le train (et lire plus vite dans un train, je ne sais pas pourquoi), comme si le temps dehors passait pour d'autres, ou comme si l'épaisseur de temps dilatait la durée des récits, l'épaississait — comme si cette durée des récits agençait une dynamique neuve du temps réel : Balzac (des courtes nouvelles), Rimbaud, (Poésies toujours dans le sac depuis deux semaines), un texte de Joris Lacoste, aussi. Lectures qui chargent le vent de bruit, loin de la ville, oui, sans doute — lectures qui passent le temps, sans que je sache là encore la nature de ce deal, et contre quoi le change se fait. De ces lectures, relever ici les débuts, : en contretemps précisément du temps sec et neutre (ces dix heures comptables, de quelles densités ont-elle été chargées, rechargeant celles du temps à chacun de ces débuts ?) : incipit comme on prend le train en marche : sans savoir si on descendra (et quand) —


Au milieu de la rue Saint-Denis, presque au coin de la rue du Petit-Lion, existait naguère une de ces maisons précieuses qui donnent aux historiens la facilité de reconstruire par analogie l’ancien Paris.
Balzac, La Maison du chat-qui-pelote

Le comte de Fontaine, chef de l’une des plus anciennes familles du Poitou, avait servi la cause des Bourbons avec intelligence et courage pendant la guerre que les Vendéens firent à la république.
Balzac, Le Bal de Sceaux

En 1800, vers la fin du mois d’octobre, un étranger, suivi d’une femme et d’une petite fille, arriva devant les Tuileries à Paris, et se tint assez long-temps auprès des décombres d’une maison récemment démolie, à l’endroit où s’élève aujourd’hui l’aile commencée qui devait unir le château de Catherine de Médicis au Louvre des Valois.
Balzac, La Vendetta

Il est pour les âmes faciles à s’épanouir une heure délicieuse qui survient au moment où la nuit n’est pas encore et où le jour n’est plus.
Balzac, La Bourse

Vers la fin de l'année 1612, par une froide matinée de décembre, un jeune homme dont le vêtement était de très mince apparence, se promenait devant la porte d'une maison située rue des Grands-Augustins, à Paris.
Balzac, Le Chef d'oeuvre inconnu

Dans un somptueux palais de Ferrare, par une soirée d'hiver, don Juan Belvidéro régalait un prince de la maison d'Este.
Balzac, L'Élixir de longue vie

En je ne sais quelle année, un banquier de Paris, qui avait des relations commerciales très-étendues en Allemagne, fêtait un de ces amis, longtemps inconnus, que les négociants se font de place on place, par correspondance.
Balzac, L'Auberge rouge

Quelque JALOUX pourrait croire en voyant briller à cette page un des plus vieux et plus illustres noms sarmates, que j'essaye, comme en orfévrerie, de rehausser un récent travail par un bijou ancien, fantaisie à la mode aujourd'hui ; mais, vous et quelques autres aussi, mon cher comte, sauront que je tâche d'acquitter ici ma dette au Talent, au Souvenir et à l'Amitié.
Balzac, Maître Cornelius

Les jeunes gens ont presque tous un compas avec lequel ils se plaisent à mesurer l'avenir ; quand leur volonté s'accorde avec la hardiesse de l'angle qu'ils ouvrent, le monde est à eux.
Balzac, Un drame au bord de la mer

Je demeurais alors dans une petite rue que vous ne connaissez sans doute pas, la rue de Lesdiguières : elle commence à la rue Saint-Antoine, en face d'une fontaine près de la place de la Bastille et débouche dans la rue de La Cerisaie.
Balzac, Facino Cane

(se demander quel roman se bâtit de la suite illogique (l'ordre de la lecture) de ces récits ; et — se demander, à les retranscrire, si chacun de ces débuts ne formerait pas des courts et suffisants récits, les uns dans la précision juste et close d'une indication géographique, les autres dans la notation d'une heure plus ou moins précise : tous dans l'inscription d'un rythme qui opère d'emblée le passage à la fiction ?)

Et en contrepoint, en clé peut-être aussi, ce texte d'une violence et d'une évidence brutale et décisive de Joris Lacoste, réédition numérique d'un livre publié chez Inventaire/invention - contrepoint du récit, de cette attente vide et creuse et finalement inféconde, de trains qui n'arriveront pas ; langue qui se déplie dans la fiction possible et déplacée vers ailleurs : en clé aussi qui articulerait la lecture et la vitesse du train, ce mouvement de soustraction de la ville - soustraction de la ville perçue depuis le train, et soustraction pour moi, de la ville elle-même que je ne verrai pas.

À ceux qui reculent ceux qui n'y croient pas qui tombent de la voiture en marche ceux qui passent qui courrent en tous sens et ne savent qui parlent sans cesse et ne savent plus par où qui cherchent et parlent à n'importe qui ceux qui disent qu'il ne faut pas s'inquiéter pas bouger qu'il faut rester calme et ceux qui veulent se voient couchés au milieu des champs de tournesols et veulent partir dans la chaleur qui se voient déjà ne se voient pas cherchent l'argent dans les tiroirs les bijoux et marchent même aurait-on su même aurait-on voulu
Joris Lacoste, Ce qui s'appelle crier (in Comment faire un bloc)



5 commentaires:

brigetoun a dit…

lire plus vite dans le train parce que l'attention est plus concentrée (surtout dans les trains actuels où on ne peut plus se faire des amis d'enfance dans le couloir).
Plaisir de ces incipits (sauf pour l'auberge rouge que je n'ai pas du lire) un peu comme un sachet de bonbons oubliés.
Joris Lacoste ce soir ou demain

F a dit…

tu as regardé les 2 tomes Balzac collection Quarto ? les récits sont classés par ordre chronologiques ça change encore plus le regard... fort texte

ariane a dit…

A propos de Joris Lacoste, va voir si c'est trouvable le texte de Purgatoire (il était censé y en avoir une version pour la lecture comme il devait y en avoir une version pour la scène) : plus encore cette idée du geste qu'on n'achève pas, du mouvement qu'on prévoit sans le faire, de la répétition sans fin des mêmes prescriptions de déplacement - et de saut - la tête appuyée sur le genou comme le Bevilacqua de Dante. Beaucoup plus vide qu'un train cette fois, où au moins on peu regarder la foule qui se compose et se recompose.

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

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