Retrouver le geste de la main qui écrit sur pages blanches, encre noire. Me souvient de ce texte de Michaux (mais impossible de le retrouver ce soir), où il raconte comment, après s'être cassé le bras droit, il avait dû écrire de la main gauche, et combien l'étrangeté de son propre corps s'était éprouvé dans le mouvement d'écrire, réapprentissage de soi-même. Les perceptions nouvelles — l'enfance du geste. Ce qui s'apprenait de nouveau, davantage qu'écrire : autre chose que l'appréhension de soi par l'écrit, la projection : oui, autre chose, qui tenait de la lenteur et de l'objectivation : soudain, le corps était séparé de ce qu'il faisait — et les courbes qui se traçaient se faisaient comme en dehors de soi, comme malgré soi, conduit par autre chose (le papier peut-être). Il gardait les pages écrites de la main gauche comme de quelqu'un d'autre, bien plus profond, archaïque, secret, que l'individu qui écrivait directement de la pensée couchée à l'horizontalité de la feuille : là, ce qui s'écrivait, c'était dans le lent trajet de la tête au bras, et du bras à la feuille, écriture charriée par ces résistances. Parce que, et c'était le plus important bien sûr, ce qui se trouvait modifié par le geste, c'était l'écriture même, pas seulement les courbes des lettres, mais la syntaxe, la phrase, à l'échelle de la construction d'une proposition, puisque toute la cinétique s'était retrouvée bouleversée.
Hier matin, redécouvrir cela — et sans aller jusqu'à cette radicalité — en écrivant à la main le courrier ; et cela tenait aussi, pour une grande part, à ce que ce soit du courrier adressé.
Hier matin, redécouvrir cela — et sans aller jusqu'à cette radicalité — en écrivant à la main le courrier ; et cela tenait aussi, pour une grande part, à ce que ce soit du courrier adressé.